Place d’Youville


PLACE D’YOUVILLE, MONTRÉAL

commande publique par voie de concours

ÉTUDES ET PROJET DE DESIGN – PLAN D’ENSEMBLE, ESQUISSE ET RÉALISATION DU SECTEUR EST : NIVEAU PUBLIC

Mérite national – conception/design

PRIX D’EXCELLENCE DE L’ASSOCIATION DES ARCHITECTES PAYSAGISTES DU CANADA (2000)

Honneur régional – conception/design

PRIX D’EXCELLENCE DE L’ASSOCIATION DES ARCHITECTES PAYSAGISTES DU CANADA (2000)

 

Client 

Ville de Montréal et Ministère de la culture et des communications, Gouvernement du Québec

Localisation 

Vieux-Montréal

Équipe de réalisation 

Aurèle Cardinal, arch.et urb.; Michèle Gauthier, arch. pays.; Claude Cormier, arch. pays.; Annie Ypperciel, arch. pays.; Sophie Beaudoin, arch. pays.; Bruno Duchesne, arch. pays.; Pierre Bilodeau, arch. pays.; Daniel Bates, tech. en arch.; Marie-Eve Cardinal, arch. pays.

Collaborateurs 

Archithème; Arkéos; Gilles Arpin, éclairagiste, Éclairage public; Les consultants Géniplus; Groupe-conseil Trédec

Conception 

1997-1998

Réalisation 

Secteur est, 1998-1999

Entrepreneur général 

Les excavations Super

Phasage des travaux 

Secteur est - 1998-1999; Secteur Ouest - 2001-2002

Coût de réalisation 

3,2M$ (secteur est)

Coût unitaire 

337$/m² incluant paysage, génie et éclairage architectural

Superficies 

Secteur est - 9 500m²; Secteur Ouest - 5 000m²

Principaux matériaux 

pavé de granit, pavé de pierre calcaire, béton, bois, acier, pelouse, Gleditsia triacanthos inermis ‘Shademaster’, Spiraea x arguta ‘Graciosa’, Syringa meyreri ‘Palibin’

Photos et illustrations 

 crédit  Denis Farley, photographe et Sophie Beaudoin

 

Mandat

 

 

 

 

Le Groupe Cardinal Hardy et Claude Cormier, Architectes paysagistes Inc. participent à ce mouvement de recherche contemporaine qui délaisse tout ce qui est formaliste, superficiel, sentencieux, et qui cherche des bases plus simples, plus solides et plus immédiates pour le projet architectural. Le mouvement des piétons, les matériaux qu’ils foulent – les pas des promeneurs qui, toujours, se dispersent à travers les villes – sont la pierre d’assise de leur design pour la Place Youville, à Montréal. Le projet répond à une commande pour une place publique dans un lieu historique, lancée par la Ville de Montréal et le Ministère de la culture et des communications.

L’équipe composée d’architectes paysagistes, de designers urbains et d’architectes a créé un " collecteur de piétons ", une grande toile où s’entremêlent trottoirs de bois, trottoirs de béton, de granite ou de calcaire. Les pas hésitent ou s’élancent, ils résonnent comme sur un xylophone à travers la grande matrice, couchée sur un sol riche en dépôts archéologiques. Ainsi, l’histoire du site se joue non pas une fois – au niveau du sous-sol —, mais deux fois – via les matériaux, et l’étalement des trottoirs —, et même trois fois, à travers la chorégraphie de mouvements, de vitesses, de tempos qui arrivent sur la place beau temps, mauvais temps.

L’espacement des arbres est irrégulier, ce qui diminue l’impact visuel de leur alignement, et harmonise les plantations au lâche fuseau de trottoirs. Cet éparpillement n’a, pourtant, pas été créé pour des raisons strictement plastiques. Michèle Gauthier du Groupe Cardinal Hardy, Claude Cormier et le Service des Parcs de la Ville de Montréal savaient que partout où la pelle mettrait à jour un artefact l’excavation serait stoppée, et le trou rempli afin de préserver tout ce que la place pourrait, un jour, révéler aux archéologues. On reprendrait l’exercice un peu plus loin… Ainsi, on définit la place au moment où on la construit, sous la commande de ce qui fera, ou ne fera pas surface à mesure que les travaux progressent. L’incertitude quant au positionnement des arbres renvoie donc à la nature du sous-sol bien plus qu’au crayon de l’architecte.

Ce projet nous amène bien au-delà des modes de référence historique très graphiques, et très volontaires pratiquées au cours des dernières décennies. On ne cherche plus de fait historique bien particulier capable de motiver chaque ligne d’un projet; aujourd’hui on comprend mieux que l’histoire, la vraie, présente toujours un visage multiple, dynamique, et relativement impénétrable. Il ne s’agit plus de s’approprier, et de glorifier quelques petites anecdotes : on reconnaît la complexité de l’histoire, on respecte tout ce qu’un site non-encore fouillé a d’insondable. C’est parce qu’elle ne cherche pas à tout s’approprier, à tout interpréter, à tout juger que cette place est intéressante: elle laisse les gens et les choses être ce qu’elles sont, quoi qu’elles soient ou quoi qu’elles eussent été.                                                     

Autour des arbres, les trottoirs utilisent des matériaux que la ville a employés pour ce type de construction à différents moments de son histoire. Sur la place Youville, le bois marque les passages entre usages domestiques, le béton relie les corridors urbains tandis que les pavages de calcaire annoncent l’approche des institutions. Il s’agit d’un répertoire de matériaux, semblable aux répertoires sur lesquels les archéologues s’appuient dans l’analyse de leurs fouilles. Les promeneurs n’ont pas besoin de lire, et de comprendre ce code de façon consciente : les matériaux ne font que souligner les caractères plus ou moins publics, plus ou moins privés de chacune des circulations. Ils suivent le sociogramme de la place, bien plus qu’ils ne le devancent.     

L’éclairage, à la hauteur du genou, lèche les bottes, les jambes et les chiens bien mieux que les visages, les beaux habits et les maîtres. On ne met pas l’emphase sur ce qu’un lieu public peut avoir de spectaculaire; on ramène l’attention au niveau du sol, et de son excellente construction. On montre aux promeneurs ce qu’ils touchent, ce qu’ils foulent, ce à quoi ils participent, immédiatement. L’angularité des trottoirs portent naturellement le regard vers les portes, puis les façades. On donne aux citadins la grâce d’un espace public intensément réel.

Références :  
Revues spécialisées

 

ARQ, la revue d’architecture (Qc) – novembre 1998

Inter, art actuel (Canada) – 1998

Canadian architect (Canada) – avril 2000

Azure, design architecture and art (Canada) – mai-juin 2000

ARQ, la revue d’architecture (Qc) – mai 2000

Pages, paysages (France) – automne 2000

Land Forum (USA), no.7 – automne 2000

Landscape/Paysage (Canada) – automne 2000

Personnes ressources

 

Groupe Cardinal Hardy : Michèle Gauthier

Claude Cormier, architectes paysagistes inc. : Claude Cormier