Présentation de Caroline Magar au 50e de la Faculté de l'aménagement

Caroline Magar prenait la parole le 25 octobre dernier, lors des célébartions du 50e anniversaire de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal. Nous publions ici son discours:

"Bonsoir, je voudrais d’abord reconnaître que nous sommes ici sur une terre Mowak non cédée et qu’on ne peut pas parler d’aménagement sans parler de notre responsabilité face au territoire.

BIODIVERSITÉ
Nous sommes dans la décennie de la biodiversité décrétée par l’ONU. À l’ère de l’urbanisme planétaire, les architectes paysagistes ont le devoir de considérer la conservation de la biodiversité comme le premier critère de conception.

CITOYENS
Notre travail est en relation directe avec des humains qui connaissent mieux que nous leur milieu de vie. Nous devons développer des moyens d’intégrer et d’écouter les communautés qui vivent les quartiers et les territoires que nous transformons. La science citoyenne n’est pas un frein à notre travail, mais plutôt une ressource naturelle à protéger.

POLITIQUE
Je pense qu’il faut absolument sortir du paradigme du consultant et être beaucoup plus présent et actif en politique municipale, provinciale et fédérale. Si Justin Trudeau avait suivi les cours de Peter Jacobs, je serais peut-être un peu plus fière d’être canadienne.

MÉDIATION
Les architectes paysagistes agissent au carrefour de multiples acteurs. Nous jouons le rôle de médiateur et de facilitateur entre différents points de vue souvent conflictuels. Dans les dernières années, j’ai appris à écouter plutôt qu’à donner mon avis. C’est un constant combat intérieur, mais je pense que ça peut vraiment rendre nos espaces plus inclusifs.

PERCEPTIONS
Le paysage est le reflet de nos perceptions. J’adore agir pour les changer et tester d’autres alternatives par l’expérience transitoire. Le belvédère éphémère a permis de percevoir qu’une bretelle routière pouvait devenir un belvédère piéton. Suite à notre occupation de la rue, la Ville de Montréal l’a finalement transformé en un belvédère permanent.

PÉDAGOGIE
Nous avons accès à une tribune dans l’espace public pour sensibiliser, informer et vulgariser les connaissances complexes que nous maîtrisons. Je pense que nous devons faire honneur à cette chance et nous faire pédagogues par notre créativité. Le jardin méristème m’a permis d’explorer et de partager la beauté botanique des espèces indigènes de la flore québécoise.

ITÉRATIF
Dans le projet du Champ des Possibles, j’ai appris ce qu’est un processus itératif. Nous avons bien compris que l’urbanisme moderniste rigide ne fonctionne pas et que ce qui ne plie pas casse. Il nous faut apprendre à concevoir avec beaucoup plus de souplesse et d’humilité. Apprendre à laisser aller, à faire avec nos erreurs et surtout à ne pas les reproduire.

RÉSILIENT
Faire avec l’existant constitue pour moi une source d’inspiration infinie. Je suis obsédée par les villes post-industrielles qui sont pour moi les plus beaux terrains de jeu. Le projet Viaduc 375, qui a piétonnisé temporairement le viaduc Van Horne à Montréal, incarne pour moi cette opportunité de tester de nouveaux usages à partir de ce que la ville possède déjà. La résilience est l’approche la plus riche à mes yeux.

INTERSTICES
Être résilient c’est aussi considérer tous les interstices comme des potentiels. Voir avec nos yeux de créateur les paysages possibles et les révéler. Reconnaître que chaque petite intervention participe à retisser les liens sociaux et environnementaux que nous avons détruits. Pendant l’Agora des Possibles, j’ai fait voir le potentiel d’une rue asphaltée en lui redonnant de la couleur, de la chaleur et de la vie.

TACTIQUE
On voit monter la popularité des approches d’aménagement transitoires. Pour moi, ce temporaire doit être tactique, c’est-à-dire servir l’avenir du lieu où il s’inscrit. Dans le projet 100 dessins dessous, j’ai peint à l’échelle 1 : 1 le plan proposé d’un futur skate park pour mieux questionner et expérimenter la proposition. Je vois ces approches comme des outils de conception beaucoup moins dispendieux que de refaire des coffrages de béton."