Colloque OAQ-AAPQ : réflexions sur l'avenir du patrimoine

Du 16 au au 19 novembre 2020, l’AAPQ a collaboré au colloque organisé par l’Ordre des architectes du Québec portant sur l’avenir des ensembles et des paysages patrimoniaux. À cette occasion, plusieurs de nos architectes paysagistes ont participé à titre de conférenciers. Le colloque s’est ouvert par une mise en contexte des enjeux liés aux ensembles patrimoniaux et paysagers. C’est le président de l’OAQ, M. Pierre Corriveau, et Isabelle Giasson, présidente de l’AAPQ qui ont donné le coup d’envoi qui ont rappelé l’importance de la pluridisciplinarité en matière de mise en valeur et de conservation du patrimoine.

À l’occasion de la 2e journée du colloque, nos architectes paysagistes Antoine Crépeau et Marie-Claude Quessy ont expliqué l’importance de la fusion qui doit exister entre le paysage et l’architecture dans un projet tel que la réhabilitation Monastère des Augustines à Québec. Madame Quessy a rappelé que l’application de lignes directrices agit comme un guide dans l’intervention en patrimoine alors que de son côté Antoine Crépeau a tenu à souligner la nécessaire collégialité allant jusqu’à impliquer les archéologues alors que des découvertes inattendues ont révélé toute la richesse patrimoniale du site.

De Québec à Montréal, Katherine Davey, architecte paysagiste à la Ville de Montréal accompagnée de Jean-François Hallé ont présenté les défis posés par l’intervention des acteurs aux Jardins historiques de la Cité-des-Hospitalières. Ce dernier a été défini comme une oasis de calme en plein centre-ville. Revenant sur l’impératif de maintenir un équilibre, notion utilisée tout au long de la journée, madame Davey a bien cerné le lieu en exposant entre autres en chiffre le riche patrimoine paysager qui compose les 30 200 m2 de superficie du site.

L’architecte paysagiste Katherine Davey relève un paradoxe : on cherche, dans ce projet, à ouvrir à la communauté un jardin clos. Elle souligne aussi que les quelque 30 000 mètres carrés de jardins sont riches en patrimoine matériel et immatériel. On y cultive des fruits et des légumes depuis l’origine de ce complexe, et la production maraîchère, aujourd’hui destinée à des organismes communautaires du quartier, se poursuit.

Conférence très attendue que celle portant sur l’étude de cas portant sur l’avenir parc Jean-Drapeau, grand parc urbain historique. Cette table ronde accueillait 3 architectes paysagistes : Jonathan, Pauline Gayaud et Philippe Lupien.

Depuis 2016, plusieurs études ont été réalisées pour accroître la compréhension du parc Jean-Drapeau, mais également des espaces qui l’entourent, comme le parc d’attractions La Ronde et la Cité du Havre, rapporte Jonathan Cha. La conclusion de ces études : des bâtiments, des œuvres d’art, des paysages et des mobiliers urbains sont menacés en raison du manque de financement, de l’absence de vocation claire et d’un manque de connaissances. La place des Nations et la plaine des Jeux en sont des exemples probants. « Le plan de conservation du parc a pour objectif de faire en sorte que les riches patrimoines du parc soient reconnus, protégés et célébrés comme des parties intégrantes de ce legs pour les générations futures », dit Jonathan Cha.

Philippe Lupien aborde par la suite les bâtiments vacants (ou qui sont sur le point de l’être) et leur intégration dans les paysages du parc Jean-Drapeau. Il s’intéresse particulièrement au cas de la Biosphère, qui abrite le musée de l’environnement. Son bail vient à échéance en décembre 2020.

« La Biosphère, c’est la plus grande réalisation de Richard Buckminster Webster Fuller. À l’échelle internationale, c’est un patrimoine qui devrait rayonner », dit Philippe Lupien, qui lance l’idée de remettre en service le monorail avec l’aide d’un promoteur privé.

À l’occasion de la table ronde portant sur le thème « intervenir sur le patrimoine moderne », Michel Langevin de NIPPaysage a présenté l’exemple du square Viger, qui a fait couler beaucoup d’encre. 

Pour résoudre des problèmes urbains et sociaux, la Ville de Montréal a annoncé la démolition de l’œuvre d’art de Charles Daudelin en 2015, mais elle s’est rapidement ravisée devant la levée de boucliers que l’annonce a provoquée. L’année suivante, les firmes NIPPaysage, Provencher Roy, FNX-INNOV et Lightemotion sont mandatées pour réfléchir à un plan d’ensemble des quatre îlots avec le Service des grands parcs de la Ville de Montréal. 

Pour élaborer leur proposition et conserver les trois œuvres d’art de Charles Daudelin, Peter Gnass et Claude Théberge, les firmes s’inspirent des plans d’origine, elles discutent avec la famille et elles écoutent les recommandations du comité consultatif mis sur pied pour le projet. « Cette collaboration a été la clé de la mise en valeur de ce lieu et de ces œuvres », dit Michel Langevin. Il présente les plans du nouvel aménagement : l’espace public, qui comporte quatre îlots, célèbre les œuvres d’art public qui s’intègrent aux paysages. Les barrières physiques ont été abaissées. La fin des travaux effectués dans les deux premiers lots est prévue à l’automne 2021.

La table ronde sur la relève a permis aux intervenants d’expliquer, entre autres, les motifs qui les ont amenés à s’intéresser au patrimoine. 

Louis-Philippe Rousselle-Brosseau a grandi en milieu rural et était intrigué par les noms de lieux comme « la grosse roche ». À son arrivée en ville, pour les études, il s’est trouvé confronté à une vision urbaine qui considérait les paysages agricoles comme des non-lieux. « Pourtant, il y a beaucoup de richesse dans la toponymie et la manière d’occuper un territoire », estime-t-il. C’est ce qu’il veut promouvoir au sein de la coopérative Mille Lieux, dont il est l’un des fondateurs.

De plus, Louis-Philippe Rousselle-Brosseau émet le souhait que la gestion du patrimoine soit décentralisée ; que le ministère de la Culture et des Communications transfère aux municipalités davantage de pouvoir en cette matière. Il déplore que les municipalités disposent actuellement de peu d’autorité et de moyens pour protéger et mettre en valeur leur patrimoine, alors qu’elles sont au cœur des paysages.

Pour les professeurs dans les universités québécoises, le patrimoine n’est pas suffisamment enseigné, constatent d’une même voix les trois panélistes. À l’École d’architecture de l’Université Laval, les étudiants suivent un cours obligatoire sur ce thème au premier cycle. Comme le fait remarquer Odile Roy, l’École occupe l’ancien édifice du Petit Séminaire de Québec, dans le Vieux-Québec, où « les étudiants baignent dans le patrimoine ». Mais à l’Université de Montréal, les cours sur le patrimoine sont optionnels à l’École d’architecture comme à l’École d’urbanisme et d’architecture de paysage.

Le défi consiste à concilier deux systèmes de valeurs (conception des experts et attentes de la communauté). C’est justement l’objectif que Nicole Valois poursuit en confiant aux étudiants des projets réels impliquant la communauté, afin que ces futurs professionnels comprennent l’attachement des gens à leur quartier. Quand on leur donne les clés pour comprendre le patrimoine, les étudiants développent un réel intérêt pour sa conservation, observe Nicole Valois.

La dernière table ronde de l’événement portait sur la création du patrimoine de demain et réunissait Pierre Corriveau, président de l’OAQ, Sylvie Lagueux, architecte paysagiste senior, Éric Pelletier, architecte chez Lemay ainsi que Peter Soland, designer urbain de civiliti. « Celui qui construit aujourd’hui sera jugé dans 50 ans. Le geste doit donc être juste et équilibré », a déclaré d’emblée Éric Pelletier. Il a d’ailleurs donné l’exemple du Chalet du Sommet de Bromont, conçu comme « un trait sur le paysage qui accentue le profil de la montagne sans la dominer ». La réflexion avait été menée à l’échelle du paysage et de la nature que le geste architectural ne devait pas dénaturer.

La sobriété était aussi la ligne directrice du projet de rénovation de la promenade du canal Rideau, à Ottawa tel que l’a présenté Sylvie Lagueux. Quant à Peter Soland, il a rappelé que c’est l’écoute des citoyens qui permet de saisir l’intelligence collective d’un lieu et qui aboutit à des projets enracinés. Ceci a permis à Pierre Corriveau de conclure qu’il y a toutefois un équilibre à trouver. « La population connaît le contexte, mais c’est au professionnel de travailler avec la compréhension de ce contexte pour concevoir un projet harmonieux ». Eric Pelletier a résumé avec justesse que les professionnels sont là pour moduler la compréhension et qu’ils ont l’ultime responsabilité de naviguer entre la commande et les besoins collectifs ».
 

Source: Ce contenu est repris en partie et adapté à partir des comptes-rendus préparés quotidiennement par les organisateurs du colloque.