Les lofts Redpath

 

LES LOFTS REDPATH

CONCEPTION, RÉALISATION ET SURVEILLANCE  SECTEUR RÉSIDENTIEL

Prix d’intégration urbaine
PRIX HÉRITAGE MONTRÉAL (2007)

 

 

Client | propriétaire

Société immobilière Gueymard et associés Ltée en collaboration avec la Ville de Montréal et Parcs Canada

Localisation 

1721 rue Saint-Patrick, Montréal

Architectes paysagistes  

Groupe Cardinal Hardy : Michèle Gauthier, architecte paysagiste associée, Bao Nguyen, Sébastien Breton, Suzanne Rochon et Marie-Ève Parent

Conseillers professionnels 

Groupe Cardinal Hardy : Joanne Godin, architecte sénior, Dennis Krause, architecte sénior

Autres : Groupe Teknika, Martoni-Cyr & associés, BPA Inc., Calculatec Inc., Groupe SM, Coprim, Jean-Claude Marsan

Année de conception 

2003-2004

Année de réalisation  2004
Maître d’ouvrage  Coprim Inc.
Entrepreneur  Payette excavation inc.

Coût de réalisation

1.8 M$  

Historique

Les bâtiments de la Redpath ont subi un grand nombre de transformations dans le temps, passant d'une petite industrie à une grande industrie de sorte que le site comptait un maximum de bâtiments au début du siècle dernier. La valeur patrimoniale du site est aussi indissociable de celle du canal de Lachine puisqu’elle concerne l’évolution du caractère des écluses Saint-Gabriel. L’ancienne sucrerie Redpath Sugar présente un paysage culturel d’intérêt reconnu par Parcs Canada et la Ville de Montréal.

Problématique

Dans ce projet de réaménagement, l’architecte paysagiste a su composer avec la nécessité de faire un projet intégré et novateur à l’intérieur d’une fourchette budgétaire restreinte. L’état d’abandon des lieux et la contamination du site lui ont apporté des défis considérables car le coût des travaux de recyclage des bâtiments s’est avéré plus important que prévu et les aménagements extérieurs ont subi des restrictions budgétaires majeures. Il a donc fallu bien cerner les problématiques d’aménagement pour permettre de dégager des solutions à l’image de la portée emblématique et semi-publique du lieu.

Parmi les nombreuses contraintes d’aménagement avec lesquelles l’architecte paysagiste a travaillé, mentionnons les recommandations strictes des autorités municipales et fédérales liées aux valeurs patrimoniale et symbolique de la Redpath, dont

  1. la mise en valeur de l’ensemble industriel;

  2. la préservation des vestiges archéologiques enfouis dans la cour intérieure;

  3. l’intégration des espaces privés au parc du canal;

  4. et la création d’un accès public à la cour intérieure.

L’approche minimaliste choisie rehausse l’identité symbolique du complexe et milite en faveur de la continuité du paysage culturel montréalais.

Concept

Le projet de paysage consiste à mettre en scène les mémoires industrielles de la sucrerie pour la faire ressurgir de ses ruines.  Les multiples histoires, vestiges et artéfacts in situ constituent la base d'un programme narratif contemporain.  La découverte des diverses facettes et usages du lieu mettent en relation le passé et le présent. 

Notre approche de travail, essentiellement en surface et minérale, tient compte de la contamination des sols et des ressources archéologiques.

De caractère public, la promenade du canal retrouve sa morphologie de quai de transbordement : le mur du canal est dégagé de son remblai, l'espace du quai est complètement dégagé et les anciens pavés de granit mis à jour.  Cette surface ralentit le passage des bicyclettes sur la piste du canal et permet le passage de véhicules d'urgence, d'entretien ou de livraison.  En bordure des bâtiments, une bande de 6 mètres marque l'espace réservé aux usages des commerces : cafés, terrasses, bouquinistes, brocante, étals de fleuriste, etc.  Cette bande, bordée de bollards, est située au-dessus de la tranchée moderne d'infrastructures.  Elle prend un revêtement contemporain compatible avec l'installation de mobilier.

Le quai du bassin des prêtres est un espace privé situé au fil de l'eau, il offre des terrasses sur l’eau et un accès à la marina.  Le mur du canal en bordure ouest de la sucrerie est restauré et des structures légères y sont attachées pour accommoder un quai aux pilotis reliant la rue Saint-Patrick et la promenade du canal.  Une vingtaine de places d'amarrage sont prévues, dans un bassin ré-ouvert à la navigation.

Le site est traversé par de nombreux sentiers de bois semblables aux quais de la marina in situ. Du côté du canal, le platelage de bois, simple et régulier met en valeur l’horizontalité du paysage et le profil lointain du mont Royal. Dans le stationnement, les sentiers se prolongent en pavés, ce qui vient rythmer l’espace et briser la monotonie de l’asphalte. Des butoirs cylindriques, de brique et d’acier rappelant l’enveloppe du bâtiment et les coursives, démarquent les espaces de friches de ceux du stationnement, tel un alignement de cannes à sucre fauchées. Cet aménagement audacieux renforce la réminiscence industrielle en contraste avec l’appropriation domestique du jardin privé et clôturé.

Favorisant un usage semi-public, la cour intérieure est le lieu privilégié de compréhension de l'évolution spatiale de la raffinerie.  Ouverte et dégagée, elle offre d'abord le spectacle de la démesure dans son ensemble et de son caractère introverti.  Son sol minéral et immense porte les traces de ses transformations : patchwork de pavés de granit de tous types, de plaques de béton, de gravier fin, etc. Elle est le carrefour des transitions tant pour les résidants que pour les promeneurs. Les multiples vestiges archéologiques en place sont conservés in situ sous une dalle-jardin. Cette dalle permet également d’isoler et d’encapsuler les sols contaminés laissés en place. L’aménagement équilibré de la cour renforce la sobriété architecturale du complexe.

Sur cette assiette riche en textures, se déposent en contraste deux pastilles au revêtement contemporain lisse.  Ces deux pastilles ouvrent des fenêtres archéologiques.  La première donne à voir une accumulation de vestiges architecturaux racontant plus de 100 ans d'histoire (1854-1964).  La deuxième, plus modeste, montre un intéressant assemblage de piliers de béton sur maçonnerie : deux savoir-faire ingénieusement s'y entrecroisent.

Aspect social et apport économique

À l’échelle locale et régionale, ce projet de préservation du patrimoine industriel aux abords du canal de Lachine ravive le paysage spectaculaire des écluses Saint-Gabriel. Dans la période estivale, des centaines de cyclistes et de navigateurs déambulent le long du canal et profitent des attraits exceptionnels de ce secteur. La Redpath procure également un lieu perméable à la communauté de Pointe-Saint-Charles par l’ouverture commerçante de son rez-de-chaussée, l’animation du bassin des Prêtres et l’accès public à la cour intérieure menant au parc linéaire du canal.

Plantations

Rappelant l'état d'abandon et de friche du site, la disposition du projet végétal prend la forme d'une incursion sur et dans le minéral.  Au sol, des herbacées occupent d'étroits et longs interstices rappelant les cassures et les atteintes du temps. Il s’agit principalement d’un jardin de graminées, de vignes et d’arbustes ponctués par des saules tortueux rappelant l’environnement riverain.

Personnes ressources Groupe Cardinal Hardy