L'entrée Peel - mariage entre l'histoire et l'écologie

 

L'ENTRÉE PEEL, GIVE PEACE A CHANCE -
MARIAGE ENTRE L'HISTOIRE ET L'ÉCOLOGIE

DESIGN - GESTION DES PAYSAGES
MILIEU URBAIN

Lauréat catégorie Municipalités de 100 000 habitants et plus
Prix Les Arts et la Ville, 2012

Mérite régional
Concours d'Excellence de l'Association des architectes paysagistes du Canada (AAPC), 2011
 

Client / Partenaires Ville de Montréal, Direction des grands parcs et du verdissement  /  MCCCFQ
Localisation  Parc du Mont-Royal, rue Peel et Avenue des Pins, Montréal
Conception

Conception générale : Groupe Cardinal Hardy

Orientations conceptuelles et conception réalisation in situ : Direction des grands parcs et du verdissement
Architectes paysagistes  

Groupe Cardinal Hardy
Marie-Claude Séguin, Suzanne Rochon, Guillaume Vanderveken, Isabelle Giasson, Michèle Gauthier, Vanessa Parent, Marie Desnoyers, Brigitte Binet

Ville de Montréal 
Direction des grands parcs : Daniel Chartier, Michel Devoy, Jacques Beaulieu,
Lucie Robin, Wendy Graham, Jean-Pierre Galland, Marie Leclerc, Marc-Alexandre Yelle, Sylvie Comtois
Direction culture et patrimoine : Francyne Lord

Division expertise et soutien technique : Pierre Lacroix

Conseillers professionnels

GÉNIVAR : André-Martin Bouchard, Yannick Lafleur, Vincent Lauzon, Éric Couture, Pierre Legault, Claude Moyen, Jean-Pierre Ricard, Vincent Daoust
DESFOR: Denis Marcil

Intervention artistique Give Peace a Chance

Linda Covit, artiste et Groupe Cardinal Hardy / Marie-Claude Seguin
Entrepreneurs Entrée Peel

Entrepreneur Général : Rainville et frères inc. / Terrapro Construction
Sous-traitants : Lumivert, plantation / Guy Pimeau émondage, Émondage d’arbres / Fonderie Laperle, Fonderie Laroche, Groupe Orbimétal, métaux ouvrés / Roger lépine et Yves Dostaler, Installation artistique Give Peace A Chance / Arco, Pavés et bloc de pierre / Transformation Eclipse, Sculpter les lettres en relief.

Entrepreneurs Give Peace a Chance Roger Lépine et Yves Dostaler, Installation / Arco, Pavés et bloc de pierre / Transformation Éclipse, Lettres en relief
Année de conception 2007-2008
Année de réalisation 2009-2010
Coût de réalisation et construction  4,37M $
Superficie 8 hectares, soit  4% de la superficie du mont Royal
Principaux matériaux  Affleurement rocheux, pavé, bordure et pierre de granit, bois, métal

      

historique

Ce secteur s’inscrit dans le Mille carré doré, un luxueux quartier établi aux pieds du mont Royal dans le secteur centre-ouest du centre-ville de Montréal.  De 1850 à 1930 les bourgeois anglais commencèrent à migrer à l'intérieur de Montréal dans cette partie de la ville. La communauté comprenait majoritairement des hommes d'affaires venant des Highlands en Écosse, comme Simon McTavish.

Le secteur Peel du parc du Mont-Royal se trouve à la jonction de deux univers qui se rencontrent : celui de la nature du parc du Mont-Royal, et celui de l’évocation de la puissance économique des XVIII et XIXe siècles avec le Mille carré doré.

le parc du Mont- Royal

 

Conçu par Frederick Law Olmsted dès 1874, le parc du Mont-Royal bénéficie aujourd’hui d’un achalandage de plus de trois millions de visiteurs par année. Pour reconnaître son caractère unique, le gouvernement du Québec lui a conféré le statut d’arrondissement historique et naturel. En vertu de cette reconnaissance patrimoniale, une dizaine d’organismes municipaux et provinciaux doivent entériner le projet, ce qui complexifie – mais bonifie - l’élaboration d’un projet d’aménagement, comme celui de restauration et de conservation du secteur Peel.

 

mise en situation

Le projet de restauration et conservation du secteur Peel fait appel à l’expertise pointue des disciplines de l’écologie forestière, la biodiversité écosystémique, l’hydrologie, le génie de l’environnement et le développement durable. Il couvre trois champs d’interventions complémentaires : la gestion des eaux de ruissellement, la gestion de la circulation et la gestion de la forêt. L’objectif de design prioritaire – dévoiler la richesse géologique, hydrologique et forestière de la montagne - est devenu la ligne de force du projet.

Au cours de l’ascension par la rue Peel du centre-ville vers le mont Royal, l’escarpement végétal s’impose progressivement. À l’entrée du parc du Mont-Royal, c’est la désolation: un mur effondré, des escaliers en ruine, des sentiers boueux. Les sentiers formels et les escaliers, en plus d’être en très mauvais état voire détruits, n’assurent plus adéquatement les liens essentiels avec le grand belvédère au sommet. En apparence, la nature semble avoir repris ses droits!

problématique patrimoniale

En matière de paysage, l’importance de conserver l’héritage et la poésie d’Olmsted constitue l’enjeu majeur du projet. Le secteur Peel est certes très endommagé, mais son caractère naturel et pittoresque subsiste et traduit l’essentiel du lieu. La restauration du secteur consiste avant tout à assurer la pérennité du site et à maintenir sa valeur patrimoniale au sein de ce joyau naturel.

approche

Comme la tradition olmstedienne le veut, notre approche avait pour objectif de faire ressortir les caractéristiques de la montagne, et ce, dans une perspective écologique actuelle. Cette nature, à la fois brute et apaisante, rugueuse et soyeuse, trouve d’autant plus sa justification aujourd’hui à notre époque où le stress est un véritable fléau. Oasis de calme, la montagne impose une matérialité organique d’autant plus surprenante qu’elle émerge à même la rigueur et le tumulte du milieu urbain. Le contraste est saisissant et enchante le promeneur. L’expérience de l’ascension de la montagne jalonnée de découvertes et de sensations régénératives constitue une valeur poétique signifiante qui a été mise en scène avec ce projet de restauration et de conservation.

Afin de rendre visible et perceptible les caractéristiques de la montagne, il a été convenu de mettre en valeur les qualités sensorielles et les forces naturelles présentes : l’eau, le roc, le relief, la végétation.

 

la gestion de la circulation

Les principaux travaux de circulation concernent la redéfinition des deux seuils majestueux à l’entrée Peel et Redpath, la réhabilitation du réseau d’une partie du chemin Olmsted, la réfection du sentier Serpentin, l’implantation de deux nouveaux parcours d’escaliers ainsi que les nombreux seuils et paliers de bois, pavés et dalles de granit qui marquent les jonctions des circulations piétonnes. Ces éléments structurants ont été conçus en respect du tracé d’Olmsted ainsi que des valeurs patrimoniales et environnementales régissant le parc du Mont-Royal.

la gestion des eaux de ruissellement

L’élaboration d’une stratégie complexe de gestion des eaux s’est conçue en vue de contrôler les importants débits à travers le site et de permettre le développement d’écosystèmes aptes à favoriser la biodiversité du milieu. Les aménagements  éco-hydrologiques incluent un régulateur en amont pour régler le débit d’eau à un maximum de 50 litres par seconde pour l’ensemble du site, quatre milieux humides pour introduire une diversité végétale et animale, de nombreux fossés et caniveaux pour accueillir les eaux de ruissellement , des ouvrages de captation afin d’acheminer l’eau vers un exutoire, et quelques ruisseaux et liens hydriques pour raccorder le tout en un système hydrologique cohérent et autonome.

la gestion de la forêt

 

Les interventions principales en arboriculture visent à favoriser la régénérescence d’espèces arborescentes indigènes, favoriser les habitats pour la faune aviaire et les micromammifères, maintenir l’équilibre des écosystèmes, accroître la valeur écologique du boisé, favoriser le développement de corridors fauniques, favoriser la biodiversité faunique et floristique, et assurer la sécurité des usagers du parc. De plus, des opérations importantes d’abattage, d’émondage et de plantation ont été menées pour contrôler les plantes envahissantes et dévoiler des vues vers le fleuve aussi bien que vers les mises en scène olmstediennes.

          

intervention artistique

Sous le thème de la paix, cette œuvre vise à commémorer la chanson de John Lennon « Give Peace a Chance », écrite et enregistrée durant son célèbre Bed in à l’Hôtel Reine-Elizabeth de Montréal en 1969 avec Yoko Ono, marquant leur désaccord avec la guerre au Vietnam. Accompagnant la progression du visiteur le long du chemin, elle offre une pause, un lieu de quiétude propice à la réflexion. L’œuvre est constituée de 180 longues dalles en pierre calcaire enchâssées dans le sol dans le croissant du Serpentin et reposant au pied d’un majestueux rocher. Quarante des plaques citent en relief la phrase « Give Peace a Chance », traduite en 40 langues, offrant au public une vision humaniste et universelle autant qu’évocatrice de la diversité culturelle de Montréal.

Give Peace a Chance est devenue une création inséparable du lieu. Introduite finement entre le paysage urbain et l’aire boisée, elle met en valeur la transition de la ville à la montagne. L’intervention artistique conjugue la rugosité du roc avec la sinuosité sensuelle du chemin du Serpentin et des pelouses adjacentes. Plus particulièrement, elle crée une halte apaisante au pied de la grande paroi rocheuse dominant le paysage de l’entrée Peel. Ces deux oeuvres de calibre international, l’une chantée et l’autre paysagère, participent au rayonnement exceptionnel de Montréal et de sa montagne.

en terminant

 

Depuis son réaménagement, l’achalandage du secteur Peel a explosé, accueillant de plus en plus de joggers, pique-niqueurs, marcheurs de la pause du midi, curieux de la nature… Ce projet fait partie d’une expérience paysagère plus grande que celle du parc du Mont-Royal puisqu’elle honore le génie de Frederick Law Olmsted à l’échelle nord-américaine, met en valeur un lieu patrimonial riche de deux siècles sur l’histoire canadienne, et innove en inventant le premier concept éco-hydrologique afin de mettre à profit les services écologiques que la nature peut nous apporter.

crédit photo

Marc Cramer