Débâcle


LA DÉBÂCLE

PLANIFICATION - CONCEPTION
MILIEU URBAIN

Lauréat
Concours de design de la plage de l'Est (2014)

Client et propriétaire Arrondissement Rivière-des-Prairies-Pointe-aux-Trembles
Localisation  Pointe-aux-Trembles, sur la 94e Avenue, à l'intersection de la rue Bellerive
Firme RFA + NI | Ruccolo + Faubert Architectes & Ni conception architecture de paysage
Année de conception 2013

[de.bakl.] n.f. – 1960 ; de débâcler 1. Dislocation des glaces recouvrant un cours d’eau, qui sont emportées par le courant.
Syn. : dégel

La proposition est le fruit d'une rencontre entre paysage et architecture, deux univers s'étant donné le mandat commun de conserver le caractère brut des lieux et de le valoriser. S'en suit un projet où les deux disciplines se répondent, se fondent l'une à l'autre pour célébrer le fleuve et les îles avoisinantes.

L'équipe de concepteurs s'est imaginé un site soumis aux forces de la débâcle, grande dynamique laissant derrière elle une topographie aux fragments apparents et un bâtiment épousant ses reliefs, devenant lui-même une composante du paysage. Ce « paysage construit » accueille divers usages et offre un panorama sur le fleuve, évoquant le caractère insulaire du lieu. Ici et là, des débris rappelant le passage de la glace; éléments marquants du site qui deviendront jeux, mobiliers, quai de débarquement et même, éventuellement, agent de liaison avec les parcs environnants. Le site ainsi modulé conserve son aspect naturel, devenant partie intégrante du paysage. L’ensemble des interventions puise à même le caractère existant du site afin de l’inscrire dans un ensemble plus vaste, fidèle à son identité insulaire.
STRATÉGIES DE CONCEPTION | INTÉGRATION AU SITE ET À L’ENVIRONNEMENT

un point d'articulation Perçu comme un élément naturel du site, le toit du bâtiment devient une jetée qui s’amorce dès l’entrée du site depuis la rue Bureau et qui culmine jusqu’au point d’observation : lieu flottant entre ciel et eau – point de rencontre du bâtiment, des circulations, des vues – offrant aux usagers un lien unique avec le fleuve. Le bâtiment lui-même, au centre de cette promenade, ancre les différents éléments du site. Été comme hiver, il est le lieu de rencontres et de services par excellence : vestiaire l’été, refuge l’hiver, café en tout temps… Grâce à sa façade complètement vitrée, l’intérieur – tout comme le toit – devient un lieu privilégié d’observation sur le jeu d’eau et la patinoire.
la topographie au service des usages, du visuel et des circulations Le bâtiment, modulé comme une topographie, est facilement accessible. Ses jeux de niveaux permettent la tenue de nombreuses activités, le « paysage construit » devient lieu de ralliement, de spectacle, de découverte. Sur le site, la descente progressive sous forme de paliers permet au regard de balayer l’horizon, assurant une liaison quasi permanente entre l’utilisateur et le fleuve. Par ailleurs, les trois principaux paliers favorisent des usages distincts: jeux, circulations universelles, plage et sports nautiques. Cette stratégie de division de l’espace marie élégance et fonctionnalité tout en mettant au cœur du design l’accessibilité universelle.
dialogue entre les éléments Au nord, la jetée de bois marque le paysage. Au sud, un promontoire aménagé s’offre comme tribune à une œuvre d’art publique. Un dialogue s’opère entre ces deux points d’observation stratégiquement positionnés à chaque extrémité du site. Un rapport de forces s’établit également entre des éléments de natures différentes qui semblent à la fois complémentaires et distincts. Un dialogue s’établit entre le brut et le construit.
DESCRIPTIONS DES SYSTÈMES
réflexion écologique Divers systèmes sont déployés sur le site et soutenus par le concept même du projet. Ainsi, le travail de topographie sur le site permet, entre autres avantages, la modulation du sol et le contournement tant des zones de contamination sévère que des tracés planifiés des conduites souterraines. De plus, ses angles favorisent l’insertion de fossés de drainage végétalisés filtrant une partie des eaux de surface. Afin de protéger le milieu environnant et de minimiser les impacts sur le site, la plage rocailleuse d’aspect naturel est préservée et allongée vers l’intérieur du site. Elle permet une meilleure intégration de la proposition au contexte existant, laisse place aux mouvements de l’eau et favorise l’implantation d’une végétation indigène propre au milieu naturel. La totalité des composantes du site a été sélectionnée pour sa durabilité, son faible coût global et l’entretien minimal nécessaire à son utilisation
stratégie d'éclairage Majoritairement composé de lampes ayant une faible consommation énergétique (de type D.E.L.), l’éclairage du site présente l’avantage d’être esthétique, durable et surtout non invasif. L’usage généralisé d’une lumière effleurant les surfaces, en plus de permettre aux matériaux de s’exprimer, réduit considérablement la pollution lumineuse et les effets d’éblouissement pour le voisinage.
accessibilité universelle Quant aux accès, plusieurs parcours en pente douce sont proposés tant pour accéder à la plage qu’au promontoire et au bâtiment de services. Afin de rendre l’ensemble du site et des usages accessibles, un jeu d’eau est intégré, adjacent au bâtiment. Ce jeu est une vaste surface de plus de 200 mètres carrés sur laquelle coule en permanence un filet d’eau ricochant sur des pierres taillées. Ce film d’eau offre aux jeunes et aux aînés un contact facilité et sécuritaire avec l’eau, en plus de magnifier l’ensemble du projet par sa surface miroitante. La filtration et la recirculation de l’eau sont priorisées.
sports d'hiver Afin de minimiser les impacts sur le site, plusieurs zones ont été réfléchies de manière à servir plus d’un usage. Ainsi, une fois la saison estivale terminée, le jeu d’eau fait place à une patinoire. Le bâtiment offre un lieu d’observation idéal sur la patinoire tout en restant au chaud, près des services. Quant au site, les vastes étendues et les légères pentes aménagées proposent des parcours idéaux pour les amateurs de raquettes et de ski de fond.
terrains de jeux En fond de site, deux terrains de sport axés sur les activités de « plage » sont prévus (volley-ball et/ou badminton). Réalisés à l’aide d’un marquage permanent sur gazon naturel, ils apparaissent comme une proposition adéquate pour cette portion du site où le développement immobilier reste envisageable (zonée habitation). Dans tous les cas, les terrains de sports sont délimités par une série d’arbres offrant plus d’intimité au voisinage, sans toutefois bloquer les vues sur le fleuve. Ces terrains ont très peu d’impact sur le site et le marquage, très abordable, pourrait facilement être refait ailleurs sur la plaine si cela s’avérait nécessaire.
DESCRIPTION DES MATÉRIAUX

La gamme de matériaux choisis priorise la beauté, la durabilité et la sécurité dans une optique écologique requérant peu d’entretien.

bois Choisis pour le garde-corps, la jetée et le quai flottant – du mélèze et du cèdre blanc – laissés à l’état naturel demeurent des matériaux résistants, nécessitant peu d’entretien
béton Sur le site, un béton plutôt lisse a été préconisé. Celui-ci contrastant avec les matières au profil brut utilisées ailleurs. Peu importe sa forme, il ancre les divers usages proposés et favorise les contacts avec l'eau. Qu’il soit préfabriqué ou coulé en place, un béton écologique (composé de cendres volcaniques) est préconisé.
pierres Renforçant le dialogue entre les matières, des pierres naturelles de couleur grège sont stratégiquement disséminées dans les aires plus construites (bétonnées). Pièce de résistance dans le jeu d’eau, les pierres de hauteurs variées sont regroupées au centre du miroir d’eau, leur profil brut se reflétant sur cette surface limpide. Tant dans le jeu d’eau que dans les emmarchements, les pierres deviennent bancs, lieux d’arrêt et de conversation.
DESCRIPTION DES PLANTATIONS

Afin de maximiser l’insertion du parc à son environnement naturel, la plantation de végétaux indigènes et de cultivars issus d’indigènes est privilégiée. Sur la portion « plaine » du site, des arbres à croissance rapide et résistants à la pollution encadrent et filtrent les vues. Ils sont un rempart contre les grands vents venant du fleuve. Les arbres et arbustes choisis pour les tranchées d’infiltration apprécient les inondations spontanées. Côté « plage », les végétaux indigènes, capables de survivre dans un environnement tantôt humide, tantôt sec, sont sélectionnés aussi pour leur capacité à s’enraciner facilement et donc, leur aptitude à stabiliser les berges. Plantés dans un sol enroché, les végétaux travaillent de concert avec le galet pour diminuer les effets de l’érosion et des glaces sur la rive. Cette portion du site mise sur une combinaison d’arbustes et de vivaces pour garantir les vues sur l’eau depuis l’ensemble du parc. La décomposition rapide des matières organiques générées par ce type de végétaux favorisera la reprise du milieu naturel. La berge enrochée, dupliquée des végétaux, contribuera, comme le reste des interventions sur le site, à magnifier le caractère insulaire des lieux.

référence Ni conception